Xavier FOUPA-POKAM PROFESSOR X
Xavier FOUPA-POKAM   PROFESSOR X

"Je suis un combattant, pas un mercenaire."

Xavier « Professor X » Foupa-Pokam est le seul Français engagé jeudi à l'Abu Dhabi Warriors II, une compétition de MMA qui fait la part belle aux combattants d'expérience. Le sociétaire de la Snake Team viendra pour la première fois dans le golfe, après avoir pratiqué son art et son sport partout en Europe, aux Etats-Unis, au Japon ou encore en Inde. Du haut de ses 50 combats, il fait le point sur sa préparation, sa carrière et l'avenir du MMA français. Interview.

 

Jeudi 26 mars, ce sera votre première prestation aux Emirats arabes unis. Comment le contact s'est-il noué avec les organisateurs de l'Abu Dhabi Warriors II ?

« Mon entraîneur, Cyrille "The Snake" Diabaté, est aussi responsable de mon management. C'est donc avec lui que les organisateurs de l'ADW2 sont entrés en contact. A la Snake Team, nous fonctionnons de manière professionnelle ; en tant que combattant, je n'entre donc pas en contact avec les organisateurs d'événements lors des phases de négociation. »

Et en terme purement sportif, faire partie de la Snake Team, est-ce aussi un plus quand on prépare une échéance comme l'Abu Dhabi Warriors ?

« C'est indéniablement un gros avantage lorsqu'on prépare une compétition ou un gros événement. J'ai accès à un enseignement de qualité, des sparring-partners de haut niveau en la personne de Gregory Babène, Malick Sylla, ou encore Florian Martin et nous bénéficions aussi d'un véritable esprit de groupe, familial, qui nous aide individuellement à progresser. C'est toujours moins difficile lorsque votre groupe fait bloc derrière vous pour vous soutenir. D'ailleurs, je prépare ce combat parallèlement à Kevin Petshi qui se prépare à concourir pour la ceinture européenne du Full Contact Contenders, en Angleterre. Nous avons des protocoles d'entraînement personnalisés et adaptés, conçus par notre préparateur physique Karim Falah. Ensuite, Cyrille établit les "game plans" en fonction des adversaires et les améliore en fonction de l'évolution de la préparation. »


Jeudi, votre adversaire se nommera Pavel Doroftei, un combattant d'origine moldave qui est installé à Londres. Que savez-vous d'autre sur lui ?
« Doroftei est un lutteur très puissant, qui aime la boxe, les projections et le ground'n pound. Nous allons donc appliquer une stratégie en conséquence. »


Ce sera votre 51e combat. Vous attendiez-vous à atteindre ce chiffre un jour ?
« Je ne peux pas dire que je m'attendais à l'atteindre, mais je ne pose jamais de limites à mes ambitions lorsqu'il s'agit de ma passion. Donc, je ne suis pas surpris non plus car j'aime combattre souvent, c'est mon métier. »


Vous imaginez parvenir au 100e combat ?
« Je pense que le jour où j'en serais éventuellement là, j'aurais la même réaction et je considérerais ce chiffre comme une étape. Cela restera un simple chiffre finalement ; la suite de ma carrière reste devant moi. »

 

Le Professeur X devient Champion de la Super Fight League à Mumbaï (Bombay), en Inde.

Le MMA a l'air de se développer en Asie. Il est bien implanté et depuis longtemps au Japon, mais on voit de plus en plus d'organisations pointer le bout de leur nez en Inde, au Moyen Orient. Pensez-vous qu'il s'agisse d'un phénomène durable ?
« Je pense que le MMA et de toute façon un sport amené à se développer, même dans notre pays encore assez réfractaire qu'est la France. C'est un sport accessible à tout le monde, universel et qui propose une version moderne et réaliste de la vision des arts martiaux. Les nouvelles grandes puissances mondiales souhaitent forcément étendre leur influence en rayonnant autrement que par leur simple économie, en utilisant les domaines des arts et du sport par exemple. Cela me semble donc logique qu'elles choisissent de s'établir dans les sports les plus populaires et les sports "à la mode". »

 

Pendant-ce temps-là, la France reste à la traîne...
« Les détracteurs du MMA parviennent encore à polluer quelques esprits mal informés avec leurs discours souvent mensongers au sujet de notre sport. Mais le vent a progressivement tourné ces dernières années et il continue sa volte-face, parfois en la personne de nos plus virulents adversaires de jadis... Depuis plus de 10 ans, je continue de penser que la France se mettra tôt ou tard au diapason du MMA ; la seule vraie question est "QUAND ?". Il suffira pour cela d'une vraie volonté politique et de quelques investisseurs opportunistes pour faire tourner la manivelle et définitivement lancer la machine.

Du coup, vous sentez-vous comme un paria dans votre propre pays ?
« D'un point de vue strictement personnel, je trouve souvent assez vexant de travailler, s'entraîner dur, arriver à l'étranger pour y affronter un combattant local et rentrer chez soi pour devoir à chaque fois expliquer ce qu'est notre sport. Partout à l'étranger, nous sommes considéré comme des sportifs de haut-niveau à part entière. Nous combattons souvent dans des salles pleines de milliers, voire de dizaines de milliers de spectateurs, devant des millions de téléspectateurs de part le monde. Mais il n'y a que dans notre propre pays que j'ai parfois le sentiment d'être pris pour "une curiosité" plutôt que pour un vrai sportif. Une forme de mépris qui est, je pense, due au décalage entre les efforts, les sacrifices que l'on imagine bien nécessaires à la pratique de notre discipline et les différences, dans notre pays, de médiatisation et de train de vie affiché entre nous, les combattants de MMA, et d'autres compétiteurs de sports dits "majeurs" tels que le football, le basket, le tennis ou encore le rugby. Il est triste que des considérations aussi triviales entrent en jeu pour définir ce qu'est un "vrai sportif" dans l'esprit de beaucoup de gens, mais c'est comme ça, il faut faire avec. Je suis convaincu que ce manque de considération changera complètement le jour où notre sport deviendra enfin autorisé à la télévision dans NOTRE pays et que les revenus moyens des combattants, par effet mécanique, augmenteront considérablement. Si le développement du MMA est bien géré, ce sera inévitable. »


Parmi vos adversaires les plus féroces, figure la Fédération française de judo. Quel est son intérêt à ce que le MMA reste interdit en France ?
« Il ne faut pas se tromper de coupable. Ce sont bien les dirigeants de cette instance qui ont un problème avec le MMA et les pratiquants de MMA ; pas les judokas ni les amateurs de judo. D'ailleurs, tous les compétiteurs de MMA connaissons au moins un judoka qui aime notre discipline et la pratique parfois de façon occasionnelle, mais toujours non-officiellement. Les dirigeants de la FFJDA ont peur du développement du MMA pour leurs propres intérêts personnels et contraignent les compétiteurs de judo à une version officielle anti-MMA sous peine de sévères sanctions plus ou moins explicites. Quitte à parfois avoir l'air tout à fait ridicule quant à la qualité des arguments avancés... »

L'expatriation, même temporaire le temps d'un combat, est une obligation pour un pratiquant comme vous. Avez-vous songé à quitter la France pour vous installer ailleurs, vous y entraîner, y disputer des compétitions et être reconnu comme un sportif comme les autres ?

« On m'a plusieurs fois proposé, à moi comme à Cyrille (Diabaté, NDLR), de m'installer à l'étranger pour y développer ma carrière. Mais pour moi, "Warrior 4 Life" (la devise de notre équipe) ne veut pas dire aller boire là ou l'eau est fraîche, puis changer de source dès qu'elle aura tari. Cette phrase veut dire qu'il faut se battre pour ses idées, sa passion et pour les faire évouler. Je suis un combattant, pas un opportuniste ni un mercenaire. Fidèle dans l'âme, je suis un combattant français et je suis un combattant de la Snake Team ; je suis fier de mes couleurs et fier de les représenter à chaque fois que je m'exprime par mon art, fut-il martial. »

Bannière de combat de Xavier Foupa-Pokam lors de l'ADW2 à Abu Dhabi (Février 2015)
Xavier Foupa-Pokam

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